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Jars : le grès reprend de la couleur

vendredi 21 novembre 2014, par Audrey Chaussalet

Patrice Foriel et Catherine Sales Mounier ont allié leurs compétences pour redorer le blason de Jars. Une mission compliquée, mais la marque a aujourd’hui retrouvé une identité forte.

Pourquoi et quand avez-vous repris Jars Céramistes ?

Patrice Foriel : En 2007. À la tête d’une métallurgie familiale, j’avais le désir de découvrir d’autres process industriels & techniques, et Catherine a toujours été attirée par le monde de la décoration et du design. Une occasion s’est présentée, quand les deux propriétaires de Jars Céramistes, faute de successeurs dans leur famille, ont souhaité céder l’entreprise. Avec nos partenaires actionnaires (Ndrl : Aquasourca & M.Chapoutier) nous avons tout de suite été séduits par la manufacture, son savoir-faire et le potentiel perceptible de la mar­que. Jars Céramistes s’est présentée comme une belle opportunité et nous l’avons reprise. Rapi­de­ment, la crise économique a frappé les États-Unis (Ndlr : le plus gros marché pour la marque à l’export), puis l’Europe. Si les débuts ont été compliqués et difficiles, nous sommes fiers des résultats.

Quels sont les investissements réalisés dans votre outil de production ?

Patrice Foriel : Nos principaux développements ont porté sur le traitement des eaux usagées et les fours. Désormais, l’entreprise est en cycle fermé et les eaux usées sont réutilisées pour le nettoyage. Ensuite, pour améliorer le rendu de nos couleurs, nous avons revu toute la programmation des fours et instauré de nouvelles courbes de cuisson. Aujourd’hui, nous atteignons un volume de production d’un million de pièces par an. Les pièces au catalogue représentent 50 % de la production, contre 35 % pour celles dédiées aux grands comptes, notamment pour des enseignes à l’export, et 15 % les pièces sur-mesure destinées aux chefs étoilés et designers. Aujourd’hui, tous por­tent notre marque. Ces investissements ont aussi permis de réduire nos pertes. 20 % de notre production est vendu en second choix, contre près de 35 % auparavant.

Quelles sont les caractéristiques de la céramique en grès ?

Patrice Foriel : Le grès est composée de matières premières naturelles, comme le feldspath, le kaolin et l’argile. Dix-sept passages entre les mains des céramistes sont nécessaires à la réalisation d’une pièce. C’est après la cuisson au four à 1 280 °C que la pièce acquiert sa forme et sa couleur définitives. Contrairement à la porcelaine, les émaux de couleur font corps avec le grès et ne cuisent qu’une seule fois à une température légèrement moins élevée, sans risque de s’enlever ou de se rayer à l’usure. C’est pourquoi nous préconisons un usage quotidien pour nos services de table.

Combien de céramistes en grès existent-ils en France ?

Patrice Foriel : Jars représente plus de 50 % de la production de céramique en grès en France. Le métier de céramiste s’est considérablement réduit, entraînant, petit à petit, la disparition des sous-traitants sur les pièces de modelage, les composants pour l’émail et pour la cuisson au four. Les formations aux techniques des céramistes n’existent quasiment plus. Assurer la pérennité de notre entreprise est un challenge. Mais nous avons à cœur de promouvoir la rareté des gestes de nos céramistes, si bien que nous accueillons fréquemment de jeunes étudiants céramistes pour transmettre la passion du métier.

Aujourd’hui, quelle est la notoriété de la marque ?

Catherine Sales Mounier : Para­doxalement, les Français sont ceux qui la connaissent le moins. Jars est pourtant une marque qui incarne un nouveau luxe : celui du “fait main”. Une marque élégante avec une belle histoire, qui dure depuis plus d’un siècle et demi (Ndlr : elle a été créée en 1857) et qui a prouvé sa vitalité créative au fil du temps. Lors du dernier salon Maison&Objet, nous n’avons présenté que des nouveautés. Un message fort auquel le public du hall Now ! Design à vivre a été sensible.

Patrice Foriel : Notre ambition est de mettre en avant le savoir-faire des céramistes de Jars. Sans eux, la marque n’existerait pas. S’il y avait un mot pour définir Jars, je choisirais “Alchimie”. Une alchimie des matières premières, entre le grès et l’émail de couleur, entre les différents gestes des céramistes. Pour valoriser notre savoir-faire, nous souhaiterions ouvrir un showroom atelier à Paris, qui serait une vitrine de la marque, à l’image de notre nouveau site Internet, jarsceramistes.com, créé en septembre dernier.

Catherine Sales Mounier : Jars, c’est le plaisir au quotidien d’utiliser un beau service, où les formes, les couleurs se mélangent et se réinventent. Les Américains adorent, parce que c’est ludique et “casual”.

Où vos produits sont-ils vendus en France ?

Patrice Foriel : En France, le marché est devenu compliqué. Les habitudes de consommation ont changé et les Français n’achètent plus de services complets. La ten­tation de consommer des services de table “jetables” en grande distribution spécialisée est aussi devenue plus importante. C’est pourquoi les boutiques traditionnelles en arts de la table sont en pleine mutation. Si bien que Jars trouve davantage sa place dans les concept-stores comme chez Merci, Conran shop ou Fleux à Paris. Nous privilégions les détaillants qui savent raconter l’histoire de nos produits, leurs spécificités et qui prennent le risque de stocker nos collections, car nous fabriquons essentiellement à la commande, dans un délai de livraison que nous assurons en huit semaines. Une contrainte liée au temps de fabrication, qui est parfois compliquée à faire passer auprès de la distribution française. Un frein que nous ne rencontrons pas à l’étranger.

Quel est le poids de votre CA à l’export ?

Patrice Foriel : Nous réalisons 85 % de notre CA à l’export. Les États-Unis sont notre premier marché, et William Sonoma notre premier client. Nous sommes également implantés chez Crate&Barrel, Bloomingdales, Barneys, Neiman Marcus, Bergdorf Goodman... L’Angleterre est aussi un marché important, avec des volumes de vente trois fois plus gros que ceux de la France. La Corée, le Japon, la Suisse, l’Allemagne, l’Afrique du Sud, l’Australie, la Russie et les Émirats Arabe Unis sont des zones de fort développement à l’export. Au total, nous distribuons nos produits dans 45 pays.

Vous vous êtes aussi développés en CHR ?

Patrice Foriel : À l’origine, l’activité sur-mesure était un antidote à la crise. En juin 2008, nous avons dû licencier une dizaine de person­nes. Aujourd’hui, nous réalisons 25 % de notre CA en hôtellerie/restauration de luxe. Et le “Labo” compte 40 projets exclusifs en cours.

Catherine Sales Mounier : Au départ, ce sont les chefs qui sont venus vers nous. Jean-François Piège ou encore le restaurant la Chassagnette ont été précurseurs. Nous leur avons réalisé des produits sur-mesure. Puis, de bouche à oreille, d’autres chefs sont venus nous voir, et nous avons, en 2010, créé le “Labo” à destination des architectes, des designers et de la restauration haut de gamme. Les chefs recher­chent des objets de qualité, pérennes, solides, et qui ont une âme. Le grès a aussi la propriété de tenir le chaud et offre des effets de matières, tout en étant plus accessible en prix que la
porcelaine de Limoges.

Un mot sur vos prochaines collections ?

Catherine Sales Mounier : Nous souhaitons asseoir nos couleurs mates et revisiter certains de nos best-sellers. Jars continuera à jouer ce rôle de trublion dans les arts de la table, en osant les mélanges audacieux et les contrastes esthétiques.

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